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Marnay sur Seine, un jardin, la vie…

Qu’est-ce qui peut motiver un homme à créer un jardin botanique sinon l’envie de prononcer (timidement) un vibrant hommage à la vie et puis, comme dit l’adage, « Si tu veux être heureux, cultive ton jardin »
Didier Rousseau, artiste sculpteur et directeur du Jardin Botanique de Marnay, nous raconte comment est né le plus jeune des jardins botaniques de France.

Dès 1986, mon travail de sculpteur s'est imprégné du rapport entre l'homme et la nature.

Influencé par la pensée de Gaston Bachelard, les travaux scientifiques de Goethe, les Métamorphoses d’Ovide… mon travail tâtonnait dans les registres d’expression de « l’art conceptuel », du « land art »... Mais c'est le grand désir de mieux connaître les plantes d'une manière plus approfondie qui a conduit ma recherche : vouloir montrer et révéler par la sculpture, l'intimité formelle des structures, des textures du végétal et notamment les graines.

J'ai commencé à collecter des plantes au cours de mes voyages à travers le monde, ainsi mon jardin est devenu un laboratoire d'études.

Au fil des jours, je me suis aperçu que je passais plus de temps dans mon jardin que dans mon atelier, et que, certes, ce temps-là était un plaisir, mais devenait aussi une obligation. En effet, la gestion, l'entretien de ces plantes étaient indispensables pour leur conservation.
Dans l’incapacité de gérer sérieusement les deux activités, il fallait faire un choix entre jardin et sculpture.

A voir au jardin

A voir au jardin

Au mois de juin 1995, j'ai tranché et décidé de donner ma collection à un jardin botanique dans ma région. Or la Champagne Ardenne était la seule région de France à être dépourvue d’un tel jardin ; c’est alors que l’idée m’est venue de créer le Jardin Botanique de Marnay sur Seine.


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La création du Jardin Botanique de Marnay sur Seine.

L'envie de faire partager ce projet m'a d’abord conduit à élaborer l'idée d'un village botanique. En effet, le village de Marnay sur Seine, où j’étais installé avec ma famille et où j'étais conseiller municipal, est petit (240 habitants) et l'idée d'une initiative communale participative me semblait belle et innovante.
Tous les habitants auraient pris part à l’entretien des plantes étiquetées devant chez eux, pour le plaisir des visiteurs et l'embellissement de village.
Bien vite, je me suis aperçu que ma passion était loin d’être partagée par le plus grand nombre. Elle ne suscitait pas l’enthousiasme que j’attendais.
Nous étions alors en 1995, la solution d’un petit jardin indépendant s'est dessinée. Avec une poignée de bénévoles enthousiastes, j’ai créé l'association qui allait porter le projet, en demandant à la commune de nous louer un terrain pour le réaliser. Là encore, mon obstination faisait craindre aux élus de la commune que ces initiatives « écologistes » perturbent leurs prérogatives sur la gestion du territoire municipal. Deux ans plus tard, le conseil municipal nous a enfin accordé un bout de terrain, et, grand seigneur, il nous a concédé le collecteur des eaux pluviales qui faisait office de décharge municipale.
Nous avons relevé ce défi et les premiers travaux ont commencé à l'automne de 1997.
Cette initiative naissante s'est trouvée rapidement portée par l'enthousiasme du cercle amical. Puis des événements ont déterminé, à ce moment-là, le niveau de mon ambition.

Didier Rousseau et Frank TénotD'abord le soutien d’un homme, ami des artistes (et du jazz) : Frank Ténot, qui résidait dans le village et qui, dans le cadre de la fondation qui porte son nom, a décidé de financer mon projet. Frank n'est malheureusement plus parmi nous, mais Régine, son épouse, est la présidente de notre association depuis sa création.
L'autre déclencheur, c'est l'avènement des emplois jeunes créés par Martine Aubry. A peine cette loi a-t-elle été votée que nous avons recruté trois postes.


C'est en janvier 1998 que les travaux ont véritablement commencé.
Le terrain était à l'origine, il est utile de le rappeler, une décharge sauvage, avec une friche très dense qui avait comblé le collecteur des eaux pluviales du village.
L’équipe du jardin aidée d’une entreprise a recreusé le collecteur pour en faire un bassin dont les bords ont été empierrés afin de stabiliser les berges.
Le premier jardin mesurait 5.000 m² ; nous avons aménagé deux zones : une zone ornementale avec un théâtre de pots, constitué de 160 jarres en terre cuite où sont cultivées les plantes florifères, dans une mise en scène changeante au gré des saisons ; et une zone scientifique, systématique, qu’on appelle aussi «  chemin de l'évolution » et que je vous propose de visiter maintenant.

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